Réflexion engagée autour de l'assurance islamique
■ Alors que l’assurance islamique connaît un fort engouement à travers le monde, la demande Marocaine n’arrive toujours pas à décoller.
■ L’un des défis majeurs à relever dans la mise en place d’une assurance islamique reste sans conteste le cadre réglementaire.
Suite au franc succès de la finance islamique, ce n’est pas un hasard si la Bourse de Casablanca a choisi de traiter de l’assurance islamique lors de son dernier workshop.
En
Effet
, l’assurance islamique ou «Takaful» est l’un des produits de la finance islamique qui commence à émerger ces derniers temps.
Ainsi, avec la mise en place d’un nouveau gouvernement dit «islamiste» au Maroc et les chamboulements politico-économiques, notamment le printemps arabe, les produits de la finance islamique se sont vus largement médiatisés.
Si certains y voient plus un effet élection, d’autres y trouvent une solution permettant d’éviter une nouvelle crise financière due à l’éclatement de la bulle spéculative.
Ces derniers prôneraient d’ailleurs le recours à ce genre de produits afin d’éviter tout risque probable d’une crise future. Ce concept qui remonte au 7ème siècle est aujourd’hui en pratique dans 33 pays est en pleine expansion.
Mohamed Boulif, consultant à Al Maalya Islamic Finance Consulting and Training, constate que «l’assurance islamique pourrait être qualifiée d’alternative islamique à l’assurance conventionnelle».
Azeddine Benali, chef de service assurance vie à la DAPS (ministère des Finances), souligne quant à lui «qu’il s’agit là d’une opportunité que le Maroc devrait saisir pour drainer une épargne importante qui échappe encore au circuit financier formel».
Mais avant de parler des bienfaits, il faudrait tout d’abord avoir une idée claire sur les sous-jacents et les fondements de cette nouvelle assurance qui n’est pas réellement une nouveauté en soi.
Benali attire l’attention en décrétant qu’«il s’agit de bien comprendre les fondamentaux de ce système, avant de passer à la relecture de la réglementation en vigueur».
D’autant plus qu’il existe plus de 500 articles à relire pour appréhender les dispositions pouvant constituer un frein à l'assurance islamique
La notion de «Takaful»
Le terme «Takaful» sous-entend une entraide entre personnes. Ce concept est donc basé, comme dans l'assurance classique, sur le principe de la solidarité. Or, l'assurance dans sa forme conventionnelle n'est pas acceptée d'un point de vue religieux.
Le schéma de «Takaful» est un système dans lequel un groupe de personnes «participants» contribuent mutuellement à un fonds commun appelé Fonds de Takaful dans l’objectif de s’octroyer une
Assistance
mutuelle sous forme d’indemnité si un
Sinistre
devait toucher un membre.
D’ailleurs, le concept «Takaful» est largement encouragé dans la Chari’a.
Pourquoi une assurance «islamique» au Maroc ?
Certes, l’assurance conventionnelle partage le même objectif de protection des assurés.
Cependant, elle contient des éléments importants prohibés en Islam dans son mode opératoire, à savoir : le Gharar, (incertitude), la Riba (l’intérêt), le Maysir (éviter le jeu).
Par conséquent, l’activité d’assurance ne peut être spéculative (maysir), incertaine ou ambiguë (gharar) ou encore entachée d’intérêt (Riba).
Outre l’aspect religieux, «le marché du Takaful devrait connaître une progression fulgurante dans les 5 à 10 ans dans les régions telles que le Maghreb et plus particulièrement au Maroc», souligne Mohamed Ali Mrad, fondateur & PDG de MENA Finance, première société de conseil d’affaires islamiques en Afrique du Nord.
Toujours selon Mrad, le Maroc disposerait en effet d’un «potentiel nouveau marché, d’une croissance économique et d’un environnement politique très favorables». Ceci sans compter que le marché marocain de l’assurance est le 2ème en Afrique et est considéré comme étant le plus dynamique dans la région du Maghreb.
Selon Mrad, ce dernier devrait engendrer l’un des plus grands marchés de Takaful dans la région MENA, marché qui devrait en effet tripler dans les 5 ans à venir.
Nouveau cadre réglementaire ?
Cependant, entre le souhait et la réalité il y a tout un gap à combler. De par la nature de ce produit, l’aspect réglementaire constitue l’un des défis majeurs à relever pour tout pays souhaitant mettre en place une assurance islamique.
Au Maroc, la direction des assurances estime qu’une loi spécifique n’est pas nécessaire pour la vente de ces produits alternatifs qui, une fois homologués, seraient régis par le code des assurances actuellement en vigueur.
Cependant, un contrôle de conformité aux préceptes de la Charia, qui concernera également la politique de placement adoptée par les compagnies d’assurance, est prévu.
Il n’en demeure pas moins que cette réflexion n’en est encore qu’à ses balbutiements.
Azeddine Benali a déclaré que «le Maroc doit se préparer pour accueillir de tels programmes, notamment en adaptant sa réglementation aux spécificités qui caractérisent l’assurance islamique».
En effet, toujours selon ce dernier, «le Maroc, en réalisant des benchmarks et en procédant à des analyses détaillées de ce qui s’est passé ailleurs durant ces trois dernières décennies, pourra capitaliser sur cette expérience et essayer d’éviter autant que faire se peut tous les facteurs de risques qui pourraient hypothéquer la réussite d’un tel système».
C’est le cas pour plusieurs compagnies d’assurance, dont Axa Assurance. Cette dernière affirme suivre de très près le dossier assurance islamique, et ce à travers une expérimentation du Groupe avec le Moyen-Orient. ■
Propos recueillis par I. Ben - FINANCES News hebdo - 26 Janvier 2012
Les Qataris sur le marché marocain ?
À peine nommé chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane avait reçu Sheikh Khalid bin Thani al Thani, président de la Qatar International Islamic Bank (QIIB), qui lui avait présenté un projet de banque d’investissement et de société d’assurance islamiques. Il semblerait en effet, que les qataris soient vraiment intéressés par le marché marocain. En effet, des sources citées par Akhbar Al Yaoum affirment que la SNI compterait céder ses parts à une institution bancaire du Qatar, pays qui affiche un intérêt grandissant pour le secteur bancaire marocain. Pour rappel, la Société Nationale d’Investissement (SNI) poursuit son processus de désengagement de certaines de ses filiales, pour se transformer à terme en holding d’investissements. Après Lesieur, c’est entre 15 et 20% des 47% d’actions qu’il détient dans Attijariwafa bank que le groupe s’apprête à céder.




